Par une glaçante soirée de novembre, votre servitrice -moi-même- est allée par monts et par vaux affronter des trappeurs venus de contrées froides et reculées et deux galants.
« Pardon ? Qu’ouie-je ? » me réponds-tu aussitôt.
-ou alors tu peux me dire « gné ? » si t’es moins poli, c’est à voir-
En fait, j’t’explique : en ce moment c’est le mois américain à Grenoble. Et qui dit américain dit chapeau de cowboy, Las Vegas, et harmonica. Alors là on oublie Las Vegas, ce lieu de débauche et de perdition, et on retient le cowboy et son harmonica. En ajoutant à cela le wock’n woll on approche d’une vision assez juste de ma soirée d’hier.
Hier, donc, a eu lieu un mini ouragan aux alentours de la place de Verdun. 2 rue du général Marchand pour être précise même. Là-bas, au beau milieu des immeubles haussmanniens, se trouve une petite salle de spectacle pouétiquement nommée le Ciel.
Un ouragan disais-je donc, en la personne de huit jeunes américains.
Les six premiers répondent au doux nom de
Blitzen Trappers et les deux derniers à celui –tout aussi doux- de
Two Gallants. 2GS pour les intimes.
[Petit détail : première fois que je vais à un concert rock…. dans une salle avec des places assises de partout. Etrange mais marrant à tester. Un brin frustrant aussi.]
Les Blitzen Trappers donc. Derrière ce nom barbare se cache un petit groupe de Portland, dans l’Oregon qui se situe au-dessus de la Californie -ça je le sais grâce à une franco-américaine qui me l’a appris- , un peu barré. Frappé. Mais juste un peu. Ils occupent vraiment bien la scène et on sent qu’ils aiment la salle. Ils jouent entre eux, se répondent et improvisent certainement parfois. Un des morceaux se termine par un concert d’hurlements de loups –plutôt bien imités-, et l’ensemble donne envie de sauter, de danser, voire d’arracher les sièges pour faire rebel. Mais ça c’est interdit donc non. Le –petit- chanteur dégage une énergie digne des plus grands tandis que le clavier maîtrise totalement le sautillé-les-pieds-joints-tout-en-jouant.
C’est officiel : je fais –nouvellement- partie de leurs fans.
Une pause puis viennent enfin les Grands. The One je dirais même plus. Ceux qu’on attendait tous. J’ai nommé : les Two Gallants. Donc.
« À peine plus de vingt ans, et les deux musiciens de Two Gallants se réapproprient avec une rage issue du punk plus d’un siècle de patrimoine musical américain… Sur des airs de country déglingué, de folk poisseux ou de ballades irlandaises titubantes, le duo californien réécrit avec une intensité impressionnante le versant glauque de l’Amérique profonde… »
Ça c’est pas moi qui le dit, mais le dépliant du Ciel.
Et je ne les contredirais pas. Je rajouterais juste qu’une grande sensibilité –sisi c’est possible- se dégage de tous leurs morceaux. Ils peuvent passer du punk sale à une berceuse qui vous retourne le cœur et la gorge, le tout seulement grâce à quelques contretemps bien placés. Ils s’amusent à modeler leurs chansons au fur et à mesure du concert, décalant, malaxant et allongeant les thèmes musicaux de chaque chanson ; ils amènent leur musique jusqu’à bout, la développant au maximum pour en faire un objet un peu étrange.
Ils parlent d’amoureux perdus, de marionnette en pleine rébellion ou encore de prisonnier en perdition.
Ils parlent de temps qui passe et de temps passé, de rose en plein questionnement existentiel et encore un peu d’amoureux perdus.
Le tout avec une valise rose derrière eux. Valise qu’ils n’ont jamais ouverte d’ailleurs.
Des trappeurs forts convaincants et surprenants donc, et deux galants triste et pleins de rage qui iront loin.
[Dommage que le concert ait été écourté…]
Je ne peux donc que vous pousser à aller écouter les extraits musicaux sur leurs sites, voire plus si affinité : même la Fnac connaît leurs cd !
Un peu comme pour le clafoutis en fait : cueillez cueillez les deux galants avant qu’il ne soit trop tard !
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