Pas une semaine sans qu'une brillante tête pensante, ne se penche sur l'école. Cette fois, c'est un illustre agrégé de lettres, ancien élève de l'école normale supérieure de Saint Cloud qui s'exprime dans Télérama. Auteur d'un ouvrage dont le titre même fait envie : La fabrique du crétin, la mort de l'école.
Ce brillant penseur présente ses idées, non exemptes de paradoxes aux pages 27 et 28 du télérama daté du 17 au 23 décembre.
Pour lui, le crétin est "celui qui conçoit les programmes en les révisants systématiquement à la baisse ; celui qui édicte des circulaires mettant l'élève au centre du système éducatif". Les ZEP sont devenues "les culs-de-basse-fosse de notre système, (...) dotés de moyens financiers importants et de matériel informatique dernier cri".
Notre ami déplore, consterné, que c'est "à l'élève de constituer ses propres savoirs qu'il ne [doit] rien acquérir par la contrainte".
Et lorqu'il jubile sur la tranformation des enseignants en "animateurs chargés de diriger des activités d'éveil et d'organiser des sorties pédagogiques ou transversales" et que l'école est un lieu où "l'on apprend à ne surtout pas apprendre" ; il me vient soudainement l'envie d'aller extirper ce brave homme par le fond du jean de son lycée huppé afin de l'emmener en promenade au gré des REP (on ne parle plus de zones monsieur Brighelli, mais de réseaux mettant à votre grand désespoir les élèves au centre du système).
Quoi de plus énervant pour les enseignants d'en bas, quand un individu, parent, penseur, homme politique, dont l'ignorance en matière d'enseignement n'a d'égal que la mienne en matière de greffe péricardiaque, se permet une argumentation basée sur des lieux communs aussi énormes. Ces tergiversations prouvent seulement leur méconnaissance profonde du système éducatif.
Quand je vois les efforts déployés pour leurs classes par la plupart des enseignants de REP (souvent jeunes), je me dis parfois qu'ils ont peut-être tort et que nous devrions réellement être des animateurs, forcer les élèves à ne pas apprendre. Au moins, les critiques pourraient critiquer et nous serions moins fatigués après avoir passé la moitié de notre week-end à préparer la semaine de ces chers chérubins.
Quand aux nouvelles méthodes, prime target des anti-soixante-huitards de tous poils, moules à fainéants, à racailles polygames... si on les regarde attentivement, si on les applique en bonne intelligence et bien j'ai le regret de dire qu'elles fonctionnent très bien et permettent à des élèves potentiellement en échec d'accrocher aux apprentissages.
Quoi de plus satisfaisant d'entendre ses élèves demander s'ils pourront emmener leur cahier d'écrivain pendant les vacances afin de rédiger des textes personnels. Ceci dans "un cul-de-basse-fosse" de province, une école en REP.
Comment comprendre alors ces élèves se précipitant sur leur plan de travail, gorgé d'exercices systématiques d'entrainement et prendre plaisir à programmer leur propre travail alors qu'ils n'ont pas 11 ans ?
L'approche de l'enseignement pour les non-professionnels se traite bien souvent de manière trop manichéenne. Anciens contre modernes. A tenter de transposer des conflits philosophiques dans le pédagogique, on passe à côté de l'essentiel. La tendance actuelle est au syncrétisme des différentes recherches, et je pense que l'on ne peut se revendiquer ni ancien, ni moderne. Il faut emprunter à chaque approche ses points forts, consacrer la dictée hebdomadaire à un point précis de grammaire ou de conjugaison, au lieu de vouloir la perfection dès l'âge de 8 ans et de stigmatiser par la même occasion les "élèves en rouge", ceux dont la copie a systématiquement tourné vers l'écarlate.
Comment se motiver si votre patron vous renvoie tous les jours vos faiblesses à la figure ?
Quand à la multiplication des "apprentissages inutiles" (arts plastiques, sciences, histoire, musique, sport), j'enfonce des portes ouvertes en affirmant l'acquisition des savoirs fondamentaux par d'autres biais que les sempiternelles leçons de français et de mathématiques.
Pour terminer, je trouve curieux les propositions suivantes de résolutions énoncées par notre cher Jean-Paul Brighelli. Il pense en effet à "supprimer les cartes scolaires pour retrouver les brassages sociaux" (franche rigolade de ma part, cette suppression n'aura pour seul effet que de précipiter les familles les plus aisées vers les écoles privées, beaucoup plus démagogiques envers les parents), il aimerait également que l'on fasse "confiance aux équipes pédagogiques qui (...) savent mieux que quiconque ce qui convient à leurs élèves". Je reste sans voix, le brillant Mr Brighelli, vient-il de se souvenir qu'il appartient au corps enseignant ? Où est la confiance de cet agrégé en ses collègues. J'en viens à me demander si les conseils de Mr Brighelli le font vivre ou s'il se contente de tirer sur l'ambulance pour vendre son ouvrage de 221 pages à 16,90€.
L'école soulève encore des questionnements au sein de la société civile et cela prouve sa vitalité mais il est triste de constater la méconnaissance souvent profonde des personnes accaparant le débat...